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An editorial letter from the heart from a Franco to her Anglo friend / Lettre éditoriale du fond du cœur d’une francophone à son ami anglophone

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Dear Anglo friend,

There is so much I would like to share with you as the day of the Franco-Ontarian approaches.

You see, I’m a Monfort baby. You probably don’t know what it means, but to us Francos, it is so important. In 1997, the provincial government tried to shut down Hospital Monfort, the only Francophone University Hospital in Ontario. We had to fight hard to keep it open, and we won!

So by birth, I’m a proud Franco-Ontarian. That means I’m a Francophone from Ontario, not a Quebecor. Did you know that according to the 2016 census, there are more than one million Francophone persons living outside of Québec?

But sadly, I’m often considered a stranger in my own province. When my accent is heard, I get asked, “Oh, are you from Quebec?” I know the intention of the question is friendly, but it saddens me every time. No, I’m from here, and so are the other 500 000 Franco-Ontarians. Francophones were actually in this province before Anglophones according to our shared Canadian history.

As a Franco-Ontarian, we get used to having to speak mainly English to function in Ontario. It makes sense, we are a minority, not everything can be in French. However, you have no idea how sweet the sound of French sounds when you overhear a family in a supermarket, when a colleague makes an effort to say “bonjour!” when you try to speak English to get services and the person switches to French etc.

As Nelson Mandala said: “If you talk to a man in a language he understands, that goes to his head. If you talk to him in his language, that goes to his heart.”

Because languages are not just words, they are connected to emotions, to culture, to memories, even to the sense of humour! To give you an example, in German, the word “bridge” is feminine. If you ask a German to describe a bridge, he will probably use stereotypical feminine words, such as “beautiful” or “elegant”. In French, “bridge” is masculine. A francophone, asked to describe a bridge would most likely use stereotypical masculine words, such as “strong”, “big”, etc. This really shows you how language can influence our perception of the world and who we are!

Maybe you don’t know, my Anglo friend, it can be dangerous for us in situations of stress to not have access to services in French, because we tend to struggle with our second languages in those moments. As a result, some translations can be inaccurate. For example, in French we say, “J’ai mal au coeur.” We might translate that literally to the doctor as, “My heart hurts,” and he would test our hearts… but really, that French expression means we feel nauseous – so the poor doctor might get a surprise.

Another funny expression we have in French is, “Je vais tomber dans les pommes.” We might translate that to: “I will fall in the apples,” but we are not crazy because what this expression actually means is “I’m going to faint.”

I get told sometimes that Francophones don’t have to fight for their rights anymore. Sadly, that’s not true. Look at recent history: the Ontario government announced the creation of school boards in English and French, therefore finally allowing Francophones to manage fully their own school board, only in 1997!

My friend Lise shared with me recently that she couldn’t play with Anglophone children in her neighbourhood growing up because they were told not to play with the “Frenchies”. Still today, on Base Borden, although lots of efforts and great progress have been done, there is still much to be done to respect our linguistic rights.

At my job, I mostly have to function in English. For me, it means extra effort for each email I send, extra thinking for each time I talk, extra concentration to understand everything others say. I sometimes wonder if you realize, my dear Anglo friend, how much extra mental effort that is for me, and how much I appreciate when you make an effort to connect with me in French!

So, although I know you are tired of hearing all of this, my Anglo friend, please be an ally. Be the one that asks for French service from me when I am tired of continuously fighting to have my rights respected. Try to learn some basic French to greet me in my language, or even better, learn French if you have the opportunity. Yes it’s hard, but learning English is hard for me too! And, on my end, I will do my best to work on my English and to be there when you need help to learn French.

We are all in this together! Being Franco and Anglo makes us stronger. We bring to the table what makes Canada strong –  accepting of diversity, open-mindedness, a country truly bilingual, proud and free.

So on September 25, when we raise the Franco-Ontarian Flag for the day of the Franco-Ontarians, please celebrate with us!

Sincerely,
Your Franco friend
Marie-Claire Khadij


Cher ami anglophone,

Il y a tant de choses que j’aimerais partager avec vous à l’approche de la Journée des Franco Ontariens.

Voyez-vous, je suis un bébé de Monfort. Vous ne savez probablement pas ce que cela veut dire, mais pour nous les francophones, c’est très important. En 1997, le gouvernement provincial a tenté de fermer l’Hôpital Monfort, le seul hôpital universitaire francophone de l’Ontario. Nous avons dû nous battre très fort pour le garder ouvert, et nous avons réussi!

Alors, je suis Franco Ontarienne de naissance. Cela signifie que je suis une francophone de l’Ontario, et non une Québécoise. Saviez vous que selon le recensement de 2016, il y a plus d’un million de francophones qui vivent à l’extérieur du Québec?

Mais malheureusement, je suis souvent perçue comme une étrangère dans ma propre province. Pourquoi, lorsqu’on entend mon accent, on me demande « Oh! Venez vous du Québec? » Je sais qu’on me pose la question de façon amicale, mais cela m’attriste chaque fois. Non, je viens d’ici, tout comme les 500 000 autres Franco Ontariens. D’ailleurs, l’histoire du Canada révèle que les francophones sont arrivés dans cette province avant les anglophones.

En tant que Franco Ontariens, nous avons l’habitude de parler surtout en anglais en Ontario. C’est logique, nous sommes en minorité; tout ne peut pas se faire en français. Par contre, vous n’avez pas idée à quel point c’est de la musique à mes oreilles lorsque j’entends une famille parler en français dans un supermarché, lorsqu’un collègue fait l’effort de dire « Bonjour! », ou lorsque vous parlez en anglais pour obtenir des services et que la personne vous répond en français.

Comme le disait Nelson Mandela : « Si vous vous adressez à une personne dans une langue qu’elle comprend, c’est son cerveau qui comprend. Si vous lui parlez dans sa propre langue, c’est son cœur qui comprend. »

Car les langues, ce ne sont pas seulement des mots. Elles établissent des liens avec les émotions, la culture, les souvenirs, et même le sens de l’humour! Pour vous donner un exemple, en allemand, le mot « pont » est féminin. Si vous demandez à un Allemand de vous décrire un pont, il utilisera probablement des mots féminins stéréotypés, comme « belle » ou « élégante ». En français, « pont » est du genre masculin. Si vous demandez à un francophone de vous décrire un pont, il utilisera fort probablement des mots masculins stéréotypés, comme « fort », « imposant », etc. C’est pour vous dire à quel point la langue peut influencer notre perception du monde et qui nous sommes !

Vous ne le savez peut être pas, mon ami anglophone, cela peut être dangereux pour nous, dans des situations stressantes, de ne pas avoir accès à des services en français, car nous avons de la difficulté à maîtriser notre deuxième langue par moment. Par conséquent, certaines traductions peuvent être inexactes. Par exemple, en français, nous disons « J’ai mal au cœur ». Nous pouvons traduire cette phrase mot à mot au médecin en lui disant « My heart hurts », et il vérifiera immédiatement votre cœur… Mais en réalité, cette expression française signifie que nous avons la nausée! Alors, ce pauvre médecin pourrait être surpris.

Une autre expression amusante que nous avons en français est « Je vais tomber dans les pommes ». On pourrait la traduire mot à mot par « I will fall in the apples », mais nous ne sommes pas aussi stupides, car cette expression signifie plutôt « I’m going to faint ».

On me dit souvent que les francophones n’ont plus à se battre pour faire valoir leurs droits. Malheureusement, ce n’est pas vrai, comme en fait foi l’histoire récente : le gouvernement de l’Ontario a annoncé la création de commissions scolaires anglophones et francophones, permettant finalement aux francophones de gérer leur propre commission scolaire depuis seulement 1997!

Mon amie Lise m’a avoué dernièrement qu’elle ne pouvait plus jouer avec des enfants anglophones dans son quartier, car on leur a dit de ne pas jouer avec des « Frenchies ». Encore aujourd’hui, sur la base de Borden, même si on fait beaucoup d’efforts et de progrès, il y a encore beaucoup de travail à faire concernant nos droits linguistiques.

Dans mon travail, je dois surtout parler en anglais. Cela veut dire que je dois faire un effort supplémentaire pour chaque courriel que j’envoie, réfléchir davantage chaque fois que je parle, me concentrer un peu plus pour comprendre ce que les autres me disent. Je me demande parfois si vous êtes conscient, mon cher ami anglophone, de tous les efforts supplémentaires que je dois faire sur le plan mental. Et à quel point je vous suis reconnaissante lorsque vous faites l’effort de m’aborder en français!

Alors, même si je sais que vous êtes tanné d’entendre toutes ces récriminations, mon cher ami anglophone, soyez un allié. Soyez celui qui demande un service en français pour moi lorsque je suis simplement trop fatiguée de continuellement me battre pour faire respecter mes droits. Essayez d’apprendre quelques mots élémentaires en français pour me saluer dans ma langue, ou mieux encore, apprenez le français si vous en avez l’occasion. Oui, c’est difficile, mais apprendre l’anglais a été aussi difficile pour moi! Et de mon côté, je ferai de mon mieux pour améliorer mon anglais et serai toujours là lorsque vous aurez besoin d’aide pour apprendre le français.

Parce que nous sommes tous concernés : le fait d’être francophone et anglophone nous rend plus forts; nous apportons ce qui fait du Canada un pays si fort, axé sur la diversité et l’ouverture d’esprit, un pays vraiment bilingue, fier et libre.

Alors, le 25 septembre, lorsque nous hisserons le drapeau franco ontarien pour la Journée des Franco Ontariens, célébrez avec nous!

Cordiales salutations.
Votre amie francophone,
Marie-Claire Khadij